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W est un projet collectif de recherche sur la représentation théâtrale, mené par Joris Lacoste et Jeanne Revel. La question principale de W est la suivante : qu'est-ce qu'agir sous le regard d’autrui ? Pour y répondre, W développe trois approches indissociables et compléementaires : une pratique, qui construit des outils et des techniques pour le performeur ; une critique, qui travaille la réception du point de vue du spectateur ; et une théorie, qui s'efforce d'élaborer un vocabulaire cohérent utile aux deux premières.
La pratique W vise à fournir à l'acteur (aussi bien
comédien que danseur ou performeur) des outils et techniques pour
l'action en situation de représentation. La méthode W commence
par décharger l'acteur de la responsabilité de produire le sens dans le
moment de l'action : le travail de l'acteur W consistera uniquement à
effectuer des actions le plus rigoureusement possible, c'est-à-dire
selon tout un jeu de critères et de règles : critères immanents pour
choisir l'action la plus adéquate dans une situation donnée, et règles
syntaxiques lui permettant, par écarts successifs, d'articuler son
activité de manière à faire évoluer cette situation en accroissant
toujours à la fois sa propre puissance et celle du spectateur :
respectivement la quantité d'action dont il est capable et la quantité
de fiction possible générée par le spectacle.
La critique W s'efforce pour sa part de rendre au
spectateur la tâche de produire le sens à partir de ce ce qu’il observe
(et non de déchiffrer quelque chose qui existerait a priori). Pour W,
la représentation est affectée d'un coefficient de fiction d'autant
plus grand qu'elle offre à celui qui regarde un plus grand nombre de
significations possibles de ce qu'il voit. En proposant des protocoles
d'observation et d'interprétation simples mais précis, la critique W
tente ainsi de redéfinir l'expérience de réception en démultipliant les
possibilités de signification du spectacle.
La théorie W s'est donnée pour but de remplacer le langage obscur, équivoque et métaphorique qui est souvent celui du théâtre par un lexique aussi clair, univoque et littéral que possible. Il s'agit aussi bien de créer des outils permettant d'améliorer, accélérer et optimiser les processus collectifs de création, que de minorer les phénomènes de pouvoir et/ou de conflit induits par les limitations de la communication entre les différents agents d'un projet. La théorie W est donc avant tout une entreprise de nomination. Elle commence ainsi par définir la représentation comme la relation entre ce qui agit et ce qui regarde ; à partir de cet axiome simple, elle développe un ensemble de notions précisément définies et articulées logiquement les unes aux autres : ces articulations constituent toute sa dimension théorique.
W est née en 2003 à la suite d'un travail sur les conditions d'une énonciation collective improvisée (Bloc, Centre chorégraphique de Tours). Ce travail s'est continué lors d'une collaboration de Joris Lacoste et Jeanne Revel avec Joao Fiadeiro autour de sa méthode de Composition en Temps Réel (CND, 2004), puis s'est développé depuis de manière autonome lors de séminaires universitaires, de sessions de recherche pratique, d'élaborations de spectacles, d'ateliers critiques, d'interventions en écoles. A partir d'octobre 2008, le séminaire critique W reprendra chaque samedi aux Laboratoires d'Aubervillers et sera ouvert à tous. Une première formalisation de la théorie W, le "Glossaire W", sera publiée début 2009. W est actuellement en résidence aux Laboratoires d'Aubervilliers.
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