• L'Image de l'amateur - 2/2. (R)emplois.
    (1/2. Itinéraires)

    Séance proposée et animée par Pierre Vialle, commissaire d'exposition dont les recherches portent principalement sur les amateurs. Sur ce thème il a déjà réalisé le programme « Pratiques d'amateurs » (2010, Maison des Arts, Malakoff), et il est l'initiateur de la série de reportages « Documenter un amatorat ».

    En dépit de quelques mésententes (au sens de J. Rancière) imputables à l'amphibologie du mot amateur (aimant/non-professionnel) (1), l'amateurisme (sous toutes ses formes), après avoir été longtemps considéré avec dédain (c'est Stendhal qui lance : « qui dit amateur dit ignorant (2) »), est depuis quelques temps en voie de réévaluation. C'est par l'étude de pratiques en vigueur dans le monde de l'informatique et de l'Internet, que s'est développé ce mouvement de réexamen, qui s'étend dorénavant à de nombreux autres domaines. Or, si certaines des problématiques soulevées par l'amateurisme sont inchangées d'une sphère à l'autre, l'hétérogénéité des disciplines dans le champ desquelles le terme est utilisé impose néanmoins de souligner les spécificités de chaque occurrence. Pour le programme L'Image de l'amateur, déployé sur deux séances, la question posée sera la suivante : qu'en est-il des amateurs en matière d'image(s) ?

    2. (R)emplois.

    photo
    Vidéogrammes d'une révolution, H. Farocki, A. Ujica. Tous droits réservés.

    Alors que la première séance, Itinéraires, s'intéressait à la figure de l'amateur et aux représentations qu'en donne le cinéma, (R)emplois, le second volet du programme bipartite L'Image de l'amateur, proposera d'examiner des images produites par des amateurs. Pour ce faire, nous projetterons Pour le sang et l'empire d'Orion Giret (France, 2010) et Vidéogrammes d'une Révolution d'Harun Farocki et Andrei Ujica (Allemagne, 1992), deux films qui réutilisent des images animées enregistrées par des amateurs.

    Ces images ont-elles une esthétique spécifique ? Les amateurs ont-ils des sujets de prédilection ? Telles sont les questions que nous poserons lors de cette séance. Nous nous interrogerons en outre sur les raisons et les conséquences de la (ré)utilisation d'images d'amateurs dans les deux films présentés.


    Films projetés :

    Pour le sang et l'empire
    , un film d'Orion Giret (France, 2010, 12 min.)
    Persuadé d'avoir démasqué l'individu qui a émis la rumeur entachant sa réputation, un jeune homme contraint celui-ci à l'affronter lors d'un duel à mains nues. Un comparse filme le face-à-face, entérinant ainsi la levée du différend.
    (Attention, ce film peut heurter la sensibilité des spectateurs)

    Vidéogrammes d'une Révolution  (Videogramme einer Revolution), un film d'Harun Farocki et Andrei Ujica (Allemagne, 1992, 107 min.)
    En décembre 1989 le contexte géopolitique international et la montée des protestations populaires à Timişoara et à Bucarest finissent par provoquer le chute du régime communiste roumain mené par Nicolae Ceauşescu. Des caméras de la télévision nationale roumaine et de télévisions étrangères, ainsi que des  cameramens amateurs, enregistrent des images des affrontements et des débats pour l'attribution de la responsabilité des multiples morts. Les tractations pour la nouvelle répartition du pouvoir sont filmées elles-aussi.



    Remerciements :  Christa Blümlinger, Cristina Bogdan, Mathilde Chénin, Orion Giret, Mathieu Lericq, Simon Vialle, Laboratoires d'Aubervilliers, Goethe-Institut Lille, Association 23 45 23.

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        1. Une mise au point au sujet de l'opposition professionnel/amateur : l'ensemble des activités humaines se divise en plusieurs branches. Nous distinguerons au moins trois niveaux successifs de segmentation reposant sur des considérations tour à tour économiques, puis éthiques, et enfin techniques.
    Pour commencer, si une activité permet à l'individu qui l'exerce de percevoir une rémunération (au titre d'un emploi par exemple), l'exercice de cette activité est dit professionnel. Dans le cas contraire on parle de non professionnalisme. « Professionnelle » et « non professionnelle » sont donc les deux catégories premières.
    Elles sont ensuite subdivisées lors du second niveau de partition qui oppose deux états d'esprit : « amateur » et « non-amateur ». Un amateur n'exerce pas nécessairement une activité en étant statutairement non professionnel, mais il est essentiellement non professionnel. Autrement dit, on ne peut pas être amateur sans concevoir son activité comme gracieuse : l'amateurisme, comme la foi, est de l'ordre de l'intime. Que le second niveau de partition (d'ordre éthique) intervienne à l'intérieur de chacune des deux catégories économiques initiales signifie qu'il y a des professionnels-amateurs, des professionnels-non-amateurs, des non-professionnels-amateurs, et des non-professionnels-non-amateurs.
    La dernière division repose sur des critères techniques, et oppose usages et pratiques. Les usages sont de simples utilisations des outils nécessaires à l'exercice d'une activité. L'usage d'un outil n'est pas savant, seules les pratiques reposent sur des savoirs-faire. Une pratiques est réflexive, c'est pour cette raison que le praticien (ré)invente perpétuellement sa pratique et repense son utilisation des outils, alors que l'usager se contente d'en faire usage. Cette différenciation entre pratiques et usages vaut pour tous les types d'activités. Les amateurs peuvent donc être des usagers ou des praticiens, tout comme les non-amateurs peuvent aussi être des usagers ou des praticiens.
        2. Stendhal, De l’amour, 1822, Paris, Gallimard, 1980, p. 218.