• Lundi 9 janvier 2012, à 20h :

     

    La séance sera animée par Léa Bismuth, commissaire indépendante et critique d’art. Elle écrit dans divers supports et notamment très régulièrement dans Artpress. Ses recherches la mènent à explorer les liens qu’entretiennent le cinéma, les arts plastiques et la littérature, à partir du concept d’ « expérience intérieure ».

     

    photo

    Aurelia Steiner (Melbourne) de Marguerite Duras, D.R.

     

    Expériences sensibles au cinéma : dans le sillage de Marguerite Duras

    de Léa Bismuth

     

    L’envie de présenter des films d’artistes, de cinéastes qui viennent d’horizon différents : Mihye Cha, Jérémie Scheidler, Pierre et Jean Villemin.

    Tous les quatre, à leur manière, interrogent la question d’une émotion littéraire surgissant au cinéma. Que ce soit par l’utilisation d’une voix-off souvent poétique qui viendrait « habiter » et « passer à travers » l’image en mouvement, ou encore par la volonté de faire exister un monde intime, ces artistes s’emparent d’un certain Réel pour tenter de ciseler quelque chose à sa surface.

    Tous ont un rapport fort à l’écriture, comprise comme l’expression d’un monde intime et aussi comme un appel désespéré : à en croire Marguerite Duras, la voix-off au cinéma serait le seul et unique moyen d’appeler les morts sans sépulture, ces âmes errantes que le cinéaste se doit peut-être, par un geste politique gratuit et insensé, de ramener sur les rives de la vie. Et c’est bien là qu’il faut comprendre que l’écriture d’un récit intime, la restitution d’une expérience intérieure, est toujours déjà habitée d’un universel appel vers l’au-delà. Les artistes présentés ont tous un lien avec l’idée de journal intime : c’est simplement une voix qui décide qu’il faut traduire le silence qui habite les êtres.

    Le film qui guide cette séance est Aurélia Steiner (Melbourne) (1979), de Marguerite Duras, cette longue et lente traversée de Paris sur la Seine, pendant que la voix-off de l’auteur entraîne le spectateur dans une fiction impossible, sans nom.

    A partir de là, on comprendra que les films de Mihye Cha, Jérémie Scheidler et Pierre et Jean Villemin sont tous à leur manière des voyages sur la Seine : Mihye Cha navigue dans son passé et son pays d’origine, entre brume et obscurité, dans un état fantomatique ; Jérémie Scheidler cherche sans cesse à capter, de manière plus documentaire, l’être politique des choses, entre suicide, poésie et quête d’une sens politique à la vie ; enfin, les Villemin nous entraînent sur des chemins qui ne mènent nulle part, si ce n’est vers une insaisissable mélancolie.

    Ces films cherchent à recueillir ces moments où la vie devient comme une pointe, ces instants fragiles et fugaces où l’existence, soudainement, advient à elle-même.

     

    photo

    Jérémie Scheidler, D.R.

     

    Films diffusés (durée totale : 66min) :


    Aurélia Steiner (Melbourne)
    , de Marguerite Duras (1979, 27min)
    Moirure
    de Mihye Cha (2011, 13min)
    Extraits vidéos du ciné-journal
    de Jérémie Scheidler (2011, total 11min)
    Contes Saturniens
    de Pierre et Jean Villemin (2011, 15min).