illegal_cinema #42

La séance est proposée et animée par Francis Parny, homme politique.

Film projeté : Et maintenant la quatrième partie de la trilogie commence, un film de Barbara Bouley-Franchitti (France, 2009, 59 min.). Avec Salvatore Nicosia, Ninetto Davoli, Virgilia Fantuzzi, Hervé Joubert-Laurencin et Massimo Fusillo.


Pier Paolo Pasolini

Et maintenant...
(par Francis Parny)

Le film de Barbara Bouley-Franchitti me fait penser à la façon dont la philosophe Marie-José Mondzain avait subverti l’exposition du grand palais intitulée « La force de l’Art » par un cycle de conférences nommé « la fragilité de l’art ».

Ni fort ni fragile, l’art s’efforce de représenter le monde pour le questionner et mettre en partage le choix fait par le créateur ou l’artiste.

Pour parler de la trilogie de l’Orestie et de la folie guerrière de nos sociétés démocratiques, Barbara Bouley-Franchitti choisit le style de la ballade, d’apparence légère et fragile, et commentée par « une voix off dans un corps de femme » (comme elle nous le dit dans l’introduction du film). Mais cette forme n’a rien de fragile : elle accuse aussi bien le libéralisme et l’économie de marché que le machisme de notre société, nous met en garde contre l’oubli des rites archaïques occidentaux et prend grand soin de rappeler toute l’importance du théâtre dans la cité.

La barbarie contée comme ordinaire n’en est que plus barbare. Les morts par dizaines ou centaines de milliers présentés dans des images muettes se mêlent à la mort d’Eschyle ou à celle de Pier-Paolo Pasolini afin d’exprimer le même rejet par nos sociétés policées de toute rébellion collective ou individuelle. Tous ces morts nous parlent de l’incertitude et de l’angoisse existentielle au cœur même de toute la société. La plainte et la souffrance des grands-mères d’Argentine sur la place de Mai ou celle d’une femme seule dans les extraits de « l’Orestie africaine » de Pasolini ressemblent à celles de la mère du poète et toutes se fondent dans « le thrène » sans fin du chœur des Erinyes de la tragédie.

« La quatrième partie de la trilogie commence…», par sa forme, invite au débat. Comme tout acte politique ou artistique – c’est la même chose – le film comme le dit l’auteur, ne nous délivre aucune vérité. Il nous invite juste à les construire tout en sachant, à l’instar de Pier Paolo Pasolini, qui déclarait six jours avant sa mort que  « Nous sommes tous en danger ».