illegal_cinema #69

Lundi 12 décembre, 20h

La séance est proposée et animée par Elodie Tamayo, diplômée de la Fémis en exploitation, et aujourd'hui étudiante en "master 2 recherche" en cinéma.

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Mann & Frau & Animal, Valie Export, D.R.


Valie Export , «It speaks the split body»


Depuis les années 60, VALIE EXPORT mène sa carrière autour d’expériences féministes radicales liées à des interrogations sur les arts médiatiques. Mettant son corps de femme et d’artiste au centre de son travail, elle interroge les frontières entre le corps individuel et le corps social, explorant à la fois les espaces publics et les espaces intimes, par des gestes autant exhibitionnistes qu’introspectifs. Son oeuvre réussit un tour de force, celui de mêler le viscéral et le conceptuel, le grotesque et l’épuré, l’évidence et le secret.

Son travail intègre très tôt une réflexion sur le dispositif du cinéma et de ses extensions contemporaines. En tant qu’artiste militante, VALIE EXPORT cherche à déplacer l’imagerie sociale et les représentations véhiculées par les images de masse. Dans le même mouvement, elle tente, par des dispositifs souvent subversifs, de sortir le spectateur d’une position voyeuriste ou contemplative. La machinerie optique du cinéma lui permet en outre d’être un oeil témoin de ses performances ainsi qu’un miroir, ou une sonde. Les captations de performances de ses premières oeuvres laissent donc place dans ses derniers travaux à des performances-captations où l’oeil de la caméra est un acteur indispensable du processus de dévoilement de soi. Chez VALIE EXPORT, la mise à nu, le dévoilement, nécessitent une torsion, symbolique ou réelle, imprimée au corps. En effet, même nu, le corps reste un habit. Or, l’artiste n’a de cesse de déchirer cet habit, pour extérioriser ce qui est à l’intérieur, montrer ce qui n’était pas visible, et ce faisant, atteindre une sorte de source sauvage, non apprivoisée, à la lisière de l’animalité et du symbolique; une origine des choses préexistantes aux contraintes sociales et psychologiques.

Ce programme propose donc une sorte d’effeuillage en profondeur de l’artiste, qui suit un trajet en spirale : partant de l’effleurement du visage jusqu’aux tréfonds des cordes vocales, en passant par l’exhibition des seins et du sexe. La monstration, publique ou intime, aboutit ici à la libération d’un organe, le larynx, et à l’émancipation de la voix de la femme-artiste.


Films diffusés :

Selbstportrait mit Kopf
AT / 1966  - 1967. 1 min.
Autoportrait du visage de l’artiste.

TAPP und TASTKINO (Tap and Touch Cinema)
AT / 1968. 2 min.
En 1968, VALIE EXPORT arbore dans les rues de Vienne une boîte au niveau de ses seins représentant une sorte de cinéma «tactile». Accompagnée d’un speaker qui vente les mérites de ce nouveau dispositif à l’aide d’un haut-parleur, elle invite ainsi les spectateurs, non plus voyeurs, mais «toucheurs», à passer les mains à travers les rideaux de ce cinéma miniature pour toucher sa poitrine nue. Cette vidéo est une captation de la performance.
«I wore a cardboard box with openings over my naked breasts. The visitors stuck their hands in there. I said : this box is the movie theater, my body is the screen.» V.E.

Mann & Frau & Animal (Man and Woman and Animal)
AT / 1970 - 1973. 10 min.
Dans cette série d’épreuves filmiques réalisée sur plusieurs années, VALIE EXPORT donne à voir ses parties génitales, avec frontalité et humour, dans une perspective de réappropriation de l’iconographie du sexe et du plaisir féminins.
« Instead of the holy trinity: father, son, holy spirit, instead of the profane trinity: mother, family, state, instead of the social trinity: father, mother, children the film treats the real trilogy in 3 sections. What unites man and woman (not uniquely for sure, but what is being concealed) is the history of nature. » V.E.

I turn over the pictures of my voice in my head
AT / 2009 . 12 min. Projection en anglais non sous-titré.
Ce film montre les cordes vocales de l’artiste tandis que celle-ci lit un texte. Il a été fait à partir d’une performance réalisée pour la Biennale de Venise en 2007 qui s’interroge sur les origines de la voix : " The voice is my identity, it is not body or spirit, it is not language or image, it is sign, it is a sign of the images, it is a sign of sensuality. It is a sign of symbols, it is boundary. It speaks the "split body", it is hidden in the clothing of the body, it is always somewhere else. The breath of life is its source."  V.E. (extrait du texte lu)


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I turn over the pictures of my voice in my head, Valie Export, D.R.


VALIE EXPORT
est née à Linz (Autriche) en 1940. Elle vit et travaille à Vienne (Autriche) et Cologne (Allemagne) où elle a enseigné le Multimédia et la Performance à la Kunsthochschule für Medien jusqu'en 2005. Artiste, cinéaste et théoricienne, VALIE EXPORT travaille une variété de supports incluant documentaires, films narratifs et expérimentaux, vidéos, performances, photographies, installations, oeuvres multimédia, sculptures et dessins. Son oeuvre a notamment été exposée au Centre National de la Photographie (Paris) en 2003, au Camden Arts Centre (Londres) en 2004, à la Biennale de Venise, à la Biennale de Moscou et à la Documenta 12 de Kassel, en 2007. A Paris, la dernière projection consacrée à l’artiste a été organisée au Centre Pompidou en 2008.

ATTENTION : certains de ces films peuvent heurter la sensibilité d'un public jeune ou non-averti.